19 Centrales



Photographies de Camille Bonnefoi et François Tresvaux

 

Ces centrales font partie de notre paysage visuel. Il fallait s’en approcher, aller au plus près de l’objet afin de débarrasser au maximum la représentation de ce qui l’encombre (les images militantes, esthétisantes etc.). Nos images se veulent dépouillées de tout effet de surface qui ferait écran entre l’objet et le spectateur. Enfin l’exhaustivité a permis de saisir l’objet dans la diversité de ses formes et de son inscription dans le paysage.

 

Comment représenter un objet en photographie ? Produire un medium au premier sens du terme, c’est-à-dire créer une image entre le réel et le spectateur, entre l’objet et le sujet. La photographie a tendance à vouloir influencer voire convaincre celui qui la regarde. Conscients de ce pouvoir évocateur et persuasif, nous avons tenté de mettre en retrait toute connotation et ainsi proposer leur simple présence dans le paysage. Face à l’impossibilité de donner à voir le réel nous en donnons une réalité.

 

Les centrales nucléaires sont frappées d’un sentiment ambivalent d’attraction et de répulsion. Elles procurent le confort mais confèrent une sensation de peur et d’écrasement. Ce sont des objets de crainte et de désir. Cette antinomie est celle décrite par Kant quand il définit le sublime : objets qui dépassent l’entendement et que l’imagination même ne peut cerner. Ces hautes tours fumantes exercent une fascination qui est également alimentée par ces sentiments d’appréhension, d’incompréhension et de dépendance. Notre projet consiste à contourner cette sur-connotation  pour se concentrer sur leur forme et leur mode d’apparaître.

Le paradoxe de ce projet est de vouloir proposer une image neutre d’un sujet qui ne l’est pas à l’aide d’un medium qui l’est encore moins, de proposer une image d’un objet particulier par la façon dont il s’inscrit massivement et intrusivement dans le paysage, à la fois élément gazeux (la fumée) et solide (l’architecture).

 

Le protocole de départ était simple. Photographier les éléments constitutifs d’une centrale et de son fonctionnement : l’eau, les réacteurs et les tours aéroréfrigérantes. Les conditions géographiques et la sécurité entraient en ligne de compte, si bien que le protocole et la centrale définissaient à chaque fois un point de vue. La frontalité voulue n’était pas toujours possible ; des arbres ou une colline obligeaient parfois à se décaler. De plus l’apparition d’un discours politique sur le nucléaire au fil des années a fait évoluer l’architecture et l’apparaître des centrales : nous observons ainsi la disparition de certains éléments symboliques comme les tours aéroréfrigérantes, voire la disparition de l’ensemble du bâtiment entièrement dissimulé dans les roches,  comme c’est le cas à Flamanville. Malgré cette disparition du visible et des contraintes géographiques nous avons photographié la centrale telle qu’elle se dévoile au regard (ou se cache) dans son élément naturel, tout en gardant  à l’idée de se rapprocher le plus possible d’une représentation frontale  des éléments architecturaux.

 

Camille Bonnefoi & François Tresvaux

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Les photographies portent le nom de la ville accueillant la centrale et la date de sa mise en service. Elles ont toutes été prises en argentique avec une chambre 4×5 inch entre 2007 et 2008. Elles sont prévues pour être agrandies au format 16ox2oo cm pour garder l’échelle de leur apparition dans la réalité.


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