Eloignement



Depuis que je pratique la photographie, le corps a toujours été présent dans mon travail, qu’il soit charnel ou végétal, identifiable ou méconnaissable. Le corps en question dans ces photographies, est un corps vivant avec ses rides et ses plis. Ce qui m’intéresse, c’est de proposer une autre esthétique et un autre regard sur le corps. Si je devais lui donner un nom ce serait « l’esthétique du fripé ».

Ce travail est donc axé sur la « plissure »: un corps fait de plis représenté à travers le maillage des traits de pinceaux et de la texture du papier. Le rapport entre le support et l’image est une question fondamentale pour moi. Le support insère un autre sens, tactile, qui « point » la marque (virtuelle) du temps sur un corps anonyme. Le punctum de ces images c’est la matière. La photographie n’est plus un médium lisse et plat. Elle acquiert de la matière et s’inscrit dans l’espace tel un objet.

Éloignement se situe dans un dialogue entre l’image et son support. Les corps nus se dissimulent dans l’ombre ou se dressent avec aplomb mais toujours dans la pudeur suggérée par ce voile transparent et fripé qui les porte. L’image investit son support et sa matérialité. Il s’opère un échange entre le contenu et le contenant où l’image n’est plus seulement une surface : le support prend de l’épaisseur et contient l’image plus qu’il ne la supporte. Il l’accompagne et la développe. Il ne s’agit pas alors de se rapprocher du dessin mais inversement d’investir les possibilités plastiques du médium. Ces photographies sont alors une tentative d’établir une continuité entre l’acte photographique et sa renaissance dans le visible.


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